Actieknop
FR
Vogezen - Climbing for Life

Vogezen - Climbing for Life

Bien sûr, nous pensions à un mois de septembre ensoleillé, avec des après-midis chauds et des nuits fraîches, des ciels étoilés limpides et des bancs de brume poétiques, quand nous avons choisi de passer des vacances dans les Vosges, plus précisément à Gerardmer, où nous avions fait notre premier voyage ensemble en 1970.

Quel calcul erroné : dès le premier jour, il a plu. Pas sans arrêt, il y a eu des moments secs, mais la menace était toujours là, un vent du nord cynique soufflait ; tout était gris à perte de vue, le beau lac de Gerardmer (prononcez : jérardmé), les terrasses, les rues, les collines, les interminables forêts de sapins.
Nous avons un peu ronchonné, cherché un gros pull, marché parapluie en main et évité les flaques, visité toutes les églises, châteaux, musées et rues commerçantes disponibles. Il est vite devenu évident, en chemin, que malgré tout on pédalait énergiquement dans les Vosges, par des cyclotouristes de tous âges et de tous sexes. Vendredi, des centaines d'entre eux grimpaient les cols vosgiens, ils ont failli provoquer des problèmes de circulation sur les routes étroites. D'abord nous avons pensé aux Vosgiens eux-mêmes, puis aux touristes, jusqu'à ce que nous remarquions que presque tous ces cyclistes portaient sur leur vélo une carte avec le même logo : « Climbing for Life » y était écrit. Grimper pour sa vie ?
Dans notre français le mieux astiqué, nous avons abordé un cyclotouriste, et ce que vous soupçonniez depuis longtemps s'est révélé exact : c'était un Flamand. Il nous a raconté que pas moins de trois mille cyclotouristes, pour la plupart, mais pas exclusivement, des Flamands, s'étaient réunis à Gerardmer et dans ses environs pour gravir pendant trois jours les fameux cols, et pas seulement pour leur plaisir, mais aussi dans le cadre d'une action visant à aider les personnes atteintes de diabète. Ils – des sympathisants, mais aussi des personnes diabétiques – le font chaque année.
Je vous parlais déjà de la météo : le lendemain, samedi, le temps était de ces jours froids et humides, les nuages pendaient comme une nappe au-dessus des cimes. Moi-même, j'ai une certaine expérience de ce genre de conditions : par un temps pareil, j'ai un jour effectué, en route vers Rome, une randonnée à vélo à travers le paysage suisse pour arriver à moitié mort au Liechtenstein ; on ne souhaiterait pas cela à son pire ennemi. Nous avons donc tiré notre chapeau à ces trois mille courageux cyclistes.
Il se peut que l'élément sportif, le défi que représentent ces cols vosgiens, joue un rôle important dans la participation, mais l'engagement pour la lutte contre le diabète et son soutien n'en sont pas moins importants. Travailler à sa santé, prévenir la maladie ou la combattre ne relève pas seulement de l'intérêt personnel, cela profite à toute la communauté. En voyant ces gens lutter contre la gravité – qui était très redoutable pour certains – et contre les éléments, on reprend un peu confiance en l'humanité. On aurait pu tout aussi bien les trouver allongés toute la semaine dans une piscine tropicale.
Notre pays excelle en la matière, car nous n'oublions pas que « Climbing for Life » n'est pas la seule initiative de ce type, il y a aussi Ventourist de Sporta et bien d'autres actions cyclistes de groupes et d'individus qui associent le soin de leur propre santé à la solidarité. Je pense encore à cette dame, en âge de la retraite, bien en chair, qui avait mis pied à terre à mi-côte et qui, penchée lourdement sur son vélo, poussait vers le haut, sans doute épuisée, mais qui nous regardait, nous automobilistes qui la dépassions, d'un air fier : j'ai donné ce que j'avais, faites-en autant.